F.C en vadrouille. Match à Grenoble

12h30, samedi 25 avril 2oo9, Uvrier

Je me rends naturellement et comme convenu à la salle des sports. Sous l’impulsion du Président, rendez-vous a été donné afin d’y pratiquer un petit échauffement et de parfaire les derniers détails stratégiques.

Les joueurs s’y rendent d’une bonhomme façon chronologiquement échelonnée. A l’intérieur, les premiers venus font déjà tourner le ballon, après l’avoir bien sûr soigneusement rempli.

15h30, autoroute A6

Le trafic routier est fluide. Président pilote tout en souplesse le Blue Beurd Beuss qui glisse à présent sur l’asphalte lisse d’une Romandie jolie s’étirant dans un printemps tout neuf. Depuis peu la nature s’est vêtue d’une fraîche et appétissante parure couleur jeune menthe aux reflets d’argent, que l’on voit scintiller sous un généreux soleil. Avec un filet d’huile d’olive, une biclée de jus de citron vert et un tour de moulin de sel de Guérande, on la croquerait.

Mais l’heure n’est point à la mangeaille.

A l’arrière, afin de rompre la monotonie du parcours, bassiste et tromboniste se rouent régulièrement de coups amicaux, multiplient les attaques surprises, et profitent de la belle élasticité des sièges pour les transformer momentanément en trampoline, et l’habitacle en ring. Ceci au grand bonheur du solde de l’équipe qui tente vainement de se concentrer sur les multiples versions mixées et réalisées il y a à peine 5 nuits au studio des Forces Motrices.

Cependant, dans l’ensemble, je sens l’équipe détendue. Ces quelques jours à la maison, en famille, ou au jardin ont ramené le calme dans les esprits. Certainement dans le but de le conserver, il est régulièrement proposé par l’assistance médicale, un choix de boissons fraîches, afin d’éviter tout risque de déshydratation.

18h30, aux alentours du Stade des Alpes

Arrivée à Grenoble ; qui doit être finalement une petite bourgade puisqu’il est possible d’en faire 3 fois le tour en moins de 45 minutes.

Découverte du site… La rencontre se disputera sous chapiteau, dans un parc jouxtant le stade. C’est là que le 23ème festival international du film sur l’environnement a lieu. Le thème 2009, c’est l’eau. Faut-il préciser que le sujet passionna l’équipe car il faut 7 litres d’eau pour un litre de bière, ce qui exacerbe la sensibilité générale et les débats vont bon train.

De cette fibre verte commune, ils en tissent un tapis de considération, cousu avec le fil des heures. Et du fil il y en aura. Car ce qui n’était pas connu, c’était l’aspect concoursif du festival. Il est clair qu’un film distingué par le jury et qui comporte 127 minutes de projection, ne peut que reporter le match à bien plus tard que prévu…

C’est donc aux environs de minuit, et encore tout inondé par de passionnants débats que le terrain peut-être investi. Démontage de l’écran, montage de la sono et des décors. Chacun est bien à son poste et tel un troupeau de fourmi s’active de façon précise. Tout cela se déroule au mieux, à la grâce d’Alain, et de sa lampe frontale merveilleuse.

Ne reste qu’à enfiler les tenues. Après une dernière vérification des crampons, Président rappelle la stratégie : Aux buts, Junior. Fab, libéral arrière défense, au centre Manu et Salvo, et pour l’avant, Mascotte en pointe, flanquée à sa droite et à sa gauche du Président et du Capitaine. La formation ne sera pas habituelle, vu la situation critique,( il est quand même 1h05 du matin ) il est décidé qu’ Hervé des « Walter » et du « Manège en Chantier » appuiera la défense avec ses congas. Ouff, on a éviter l’auto-goal.

L’entrée de jeu est rapide. Echanges succincts de balles avec le public. L’ambiance est vite chaude et dégage une épaisse vapeur. La rencontre se déroule à grande vitesse. Les gradins sont reculés afin de dégager plus de terrain. Un jeu régulier et précis, le but est atteint.

Le public amassé acclame et gesticule en de multiples « ola » mais, faute d’arrêts de jeu, le match ne connaîtra pas de prolongation.

On retiendra que, grâce à l’intense préparation physique et surtout mentale, l’équipe a dominé et maîtrisé le déroulement du match. Elle a su rester calme et noble malgré la grande adversité organisationnelle, et le coup de sifflet policier final les libère de l’arène.

A présent l’équipe rejoint le vestiaire ambulant et les commentaires démarrent, elle refera le match jusqu’à la pause sandwich.

04h15, station serre-vices

Sous haute surveillance et protégé par une vitre blindée, un humain se tient éveillé afin de remplir sa Mission, ainsi que nos estomacs. L’Agent, Conservateur du Musée, tient les lieux propres et propose à travers un grillage ses Cakes aux « E» et ses sandwouitchs en boîtes. Le choix est très embarrassant et la simple désignation de chacun d’entre eux aiguisent les appétits, ou plutôt les déguisent. Car lors d’une dégustation à l’aveugle, quiconque peinerait certainement à identifier les ingrédients qui les composent. Qu’importe, ‘la Faim justifie les Mayens’ comme cela se dit en Zouavie.

Ainsi, c’est avec un sachet rempli de victuailles, de victu’ouilles, de victu’oulala que l’équipage rejoint la capsule.

Repus malgré tout, voilà les paupières lourdes,. très lourdes,. le magasin qui se vide.. et les têtes qui se posent.. doucement, bercées par le ronflement du moteur.

C’est Salvo qui pilote au retour, et dans le calme nocturne, il n’a pour seule distraction que la chute régulière de l’écran JPS dont la ventouse se décolle obstinément du pare-brise. Afin de briser la monotonie, il tentera d’obtenir la compagnie d’une radio on ne peut plus capricieuse, changeant de poste par elle-même, de volume sans crier gare, puis s’allumant et s’éteignant au rythme des clignofils. Le mystère restera total, malgré les coups, jusqu’à ce qu’il débusque le rigolo qui s’amuse avec la télécommande. Il s’agira du dernier soubresaut d’hilarité avant que ne s’ouvre enfin une lucarne spatio-temporelle et que la nuit n’engloutisse ses vaches cosmiques et leur vert pâturage pour les propulser vers de nouveaux horizons.

Le fleuve à Genève

Après la prison, l’usine…

A tant pagayer sur les tumultueux remous des courants rhodaniens, quoi de plus naturel, finalement, à ce que les ressortissants de Zouavie se retrouvent un jour au bout du lac, à la capitale – Comme ils disent – du Vieux Pays : Genève.

Ahhh Genève… cité métropolitaine, petite New York !, carrefour des Peuples et haut lieu de rencontres et d’échanges. Il est quasiment inimaginable d’y lancer la jambe sans se faire saluer d’un discret et très joli « tschèrche » qui, on l’imagine doit probablement signifier quelque terme apparentable à un « Bon Jour ! ».
Ici, sans même se connaître, tout un chacun se côtoie, se croise, et partage le temps d’un instant, qui, un bout de trottoir, une allée ou une ruelle, qui un arrêt de bus, au gré d’un flot animé en lents rouleaux humains s’endiguant par lui même en son propre mouvement, contenu, retenu, ourlé de cortèges automobiles qui soulignent en festifs klaxons ce flegme citadin, haut en couleurs, comme autant de rubans multicolores se reflétant dans les eaux limpides d’un bleu Léman..
C’est donc encore sous le charme et tout humides de matinaux embruns que nous accostâmes Place des Volontaires 4, en ce jeudi 15 janvier 2009, sur le quai de l’Usine, en soi un impressionnant bâtiment d’époque qui prête encore et toujours ses flancs à d’incessantes et fluviales caresses.
A l’intérieur, dans la cabine de pilotage, le capitaine Weber manipule avec un calme désormais célèbre, les nombreuses commandes d’un vaste tableau de bord et s’attelle en silence aux derniers préparatifs de ce qui s’annonce être ces quatre jours de croisière auxquels s’attendent des Zouaves encore innocents et qui déambulent goguenards sans se rendre compte que ces fils que tire ingénieusement le commandant David ne font que tisser la toile d’un piège arachnéen qui se refermera sur eux tout à l’heure.. MAIS, qui est vraiment DIDOBEULLLIOU ??

Une araignée ?

Certes, sur le coup de la surprise et de l’anxiété on serait tenté de le penser, surtout lorsqu’on le devine, tapi dans l’ombre, guettant les priorités, tout en agitant avec précision ses multiples mandibules pour s’apprêter à extraire la substantifique moelle de ses proies successives.

Ou bien un barbecue master ??

C’est possible… car la douce chaleur initiale ne tardera pas au fil des heures à s’approcher d’une fournaise telle, que, l’un après l’autre, chacun aura droit à son tour de grill… Bleu, saignant, à point, selon la capacité de ses propres tissus adipeux et de sa résistance nerveuse personnelle, chacun donc s’y fera cuisiner à fin d’exprimer jusqu’au jus le meilleur de lui-même, avant de se faire réserver, avec la permission de quitter temporairement la loge à sudation.. Là, au tiède, il pourra rejoindre les siens, ou du moins ce qu’il en reste, tant le teint général est livide, la cerne tenace, épuisés qu’ils sont tous de tant de lutte dans une atmosphère presque palpable de haute-tension.

Peut-être un ancien employé EOS ???

… et qui se vengerait ????

…. Ah, là, la piste est intéressante… d’autant plus que le nom « Forces Motrices » prendrait ici tout son sens… mais oui, les forces motrices… turbinant les eaux du Fleuve, cherchant en son courant à y faire du courant !, à en retirer un peu d’énergie, d’électricité…ou y trouver une quelconque matière précieuse ?

Un orfèvre alors ????

Oui, on s’approche… bien sûr, ce travail minutieux, cette patience qui n’est pas sans faire penser à celle d’un orpailleur… nous y sommes !! :

C’EST UN COW-BOY !!

Oui, un cow-boy, ou plutôt un chercheur d’or…un passionné qui opiniâtrement filtre chaque filet du Fleuve à la recherche de la moindre paillette, du plus petit carat qui sait ? Bien sûr, nous y sommes et cela se confirme lorsque, le soir, bien après que le soleil se soit couché, on le voit laisser à sa bécane le soin de passer au tamis fin chaque échantillon chaque prélèvement recueilli au long de la journée, alors que lui, calé sur sa selle, les yeux clos, les jambes tendues sur une table où il croise une vieille paire de bottes poussiéreuses au cuir fané, lui, il opine doucement du chef..

Il écoute assidûment, reconnaissant au bruit où se cache la meilleure suite, le bon filon, celui-là même qui parviendra à se faufiler entre les improbables volutes d’un Brissago à bille et l’impossible fumet d’un café refroidi depuis longtemps, tout en laissant sa monture accomplire les tâches laborieuses, afin qu’il puisse mieux se concentrer sur le groove.

Car lui, il s’occupe du grain,..de la balle ! et son cheval du son………

Note personnelle : à retenir, (Studio des Forces Motrices, Place des Volontaires 4, 1204 Genève)

Docteur William Walter Wilson, ethnologue

Forces Motrices

FC en préventive

Champdollon portail numéro 1 mardi 23 décembre 7h30

Après avoir déposé les téléphones et échangés les cartes d’identité contre le badge VISITEUR (à ne pas perdre) j’accompagne intramuros les ressortissants de Zouavie appuyés par le mercenaire Grandjean de la section Charlotte Parfois. Les bâtisses de béton se détachent avec peine d’une certaine grisaille matinale, une peine comparable à celle que nous avons à sortir de la somnolence, mais, au fond probablement plus légère que celles qu’endure le public qui nous attend. 7h45, déchargement du matériel (dans un curieux silence) pour l’acheminer dans une sorte de hangar à avion de la forme d’un tunnel et dont les tôles vibrent peut-être encore au son du dernier coup de caisse claire.
A l’intérieur ( si l’on peut dire car ici on se retrouve toujours à l’intérieur de l’intérieur d’on ne sait plus trop quoi) une centaine de chaises disposées en carré romain attendent à petite distance des quelques strapontins qui serviront de scènes. La situation fait penser à un radeau  flottant au milieu de rien, et pourtant figé sur le sol lisse d’une salle polyvalente tellement qu’on cherche à y trouver une quelconque valeur.
8h45 pause café. Un déplacement avec Jipé, notre gardien du jour, s’approche d’une partie d’Hocus Pocus. Ballade en peloton dont le bruit de pas n’est interrompu que par le cliquetis des serrures que l’on ouvre et qu’on l’on ferme. Des grilles tronçonnent régulièrement ces larges couloirs rectangulaires et étonnamment vides. On n’y croisera aucun pensionnaire. Les rencontres n’auront lieu que le temps des concerts lorsque par trois fois une soixantaine de détenus, jeunes pour la plupart, s’assoiront parmi l’écho des premiers « Hoyo ! Hoyé ! ».
Durant chaque morceau, une grande attention, suivie d’applaudissements généreux tel un furieux concert de claques. Aucun doute, le plaisir est au rendez-vous. Un tonnerre émeutier salue, répond aux derniers accords jetés, et plaqués aux parois où tout se mêle et s’y démultiplie avant de mourir dans le frémissement ondulatoire d’un orage qui s’éloigne. Un grand moment de rock and roll. Dans ce hangar, l’avion c’est eux et nous, il vrombit, eux nous regarde piloter, décollage. Un instant la musique explique et ici le live retrouve toute sa raison d’être. En vol, au-delà du bruit formidable du zinc, on sent la visite bienvenue, l’accueil autant chaleureux qu’il peut l’être, et le moment simple.
Au troisième trajet, El Vétéran (5 ans, quand même) aura la permission de danser (ah, l’ancienneté). Ce qu’il fait, au grand bonheur de tous, avant de prendre la parole pour lancer à la cantonade un enthousiaste « Joyeux Noël…. » C’est vrai, on l’avait presque oublié…. Une amnésie d’ailleurs pareille à celle qui frappa le GPS lorsque plus tard, ivre d’air libre, la fantaisie le prit de nous perdre aux confins d’une campagne genevoise caressée par de crépusculaires lueurs avec, en fond d’écran, quelques sourires pour souvenir et des mains levées en signe d’au revoir. Reggae around the Bunker.
Remarque de l’orchestre : un seul bémol, le bar était fermé.
Note historique : pour la première fois, exceptionnellement, Salvo a joué dans le même état que l’ensemble du groupe.
Observation personnelle : à chaque fois le public est resté jusqu’à la fin.
Docteur William Walter Wilson, ethnologue

Carnet de route du docteur Wilson ( extrait)