Le fleuve à Genève

Après la prison, l’usine…

A tant pagayer sur les tumultueux remous des courants rhodaniens, quoi de plus naturel, finalement, à ce que les ressortissants de Zouavie se retrouvent un jour au bout du lac, à la capitale – Comme ils disent – du Vieux Pays : Genève.

Ahhh Genève… cité métropolitaine, petite New York !, carrefour des Peuples et haut lieu de rencontres et d’échanges. Il est quasiment inimaginable d’y lancer la jambe sans se faire saluer d’un discret et très joli « tschèrche » qui, on l’imagine doit probablement signifier quelque terme apparentable à un « Bon Jour ! ».

Ici, sans même se connaître, tout un chacun se côtoie, se croise, et partage le temps d’un instant, qui, un bout de trottoir, une allée ou une ruelle, qui un arrêt de bus, au gré d’un flot animé en lents rouleaux humains s’endiguant par lui même en son propre mouvement, contenu, retenu, ourlé de cortèges automobiles qui soulignent en festifs klaxons ce flegme citadin, haut en couleurs, comme autant de rubans multicolores se reflétant dans les eaux limpides d’un bleu Léman..

C’est donc encore sous le charme et tout humides de matinaux embruns que nous accostâmes Place des Volontaires 4, en ce jeudi 15 janvier 2009, sur le quai de l’Usine, en soi un impressionnant bâtiment d’époque qui prête encore et toujours ses flancs à d’incessantes et fluviales caresses.

A l’intérieur, dans la cabine de pilotage, le capitaine Weber manipule avec un calme désormais célèbre, les nombreuses commandes d’un vaste tableau de bord et s’attelle en silence aux derniers préparatifs de ce qui s’annonce être ces quatre jours de croisière auxquels s’attendent des Zouaves encore innocents et qui déambulent goguenards sans se rendre compte que ces fils que tire ingénieusement le commandant David ne font que tisser la toile d’un piège arachnéen qui se refermera sur eux tout à l’heure.. MAIS, qui est vraiment DIDOBEULLLIOU ??

Une araignée ?

Certes, sur le coup de la surprise et de l’anxiété on serait tenté de le penser, surtout lorsqu’on le devine, tapi dans l’ombre, guettant les priorités, tout en agitant avec précision ses multiples mandibules pour s’apprêter à extraire la substantifique moelle de ses proies successives.

Ou bien un barbecue master ??

C’est possible… car la douce chaleur initiale ne tardera pas au fil des heures à s’approcher d’une fournaise telle, que, l’un après l’autre, chacun aura droit à son tour de grill… Bleu, saignant, à point, selon la capacité de ses propres tissus adipeux et de sa résistance nerveuse personnelle, chacun donc s’y fera cuisiner à fin d’exprimer jusqu’au jus le meilleur de lui-même, avant de se faire réserver, avec la permission de quitter temporairement la loge à sudation.. Là, au tiède, il pourra rejoindre les siens, ou du moins ce qu’il en reste, tant le teint général est livide, la cerne tenace, épuisés qu’ils sont tous de tant de lutte dans une atmosphère presque palpable de haute-tension.

Peut-être un ancien employé EOS ???

… et qui se vengerait ????

…. Ah, là, la piste est intéressante… d’autant plus que le nom « Forces Motrices » prendrait ici tout son sens… mais oui, les forces motrices… turbinant les eaux du Fleuve, cherchant en son courant à y faire du courant !, à en retirer un peu d’énergie, d’électricité…ou y trouver une quelconque matière précieuse ?

Un orfèvre alors ????

Oui, on s’approche… bien sûr, ce travail minutieux, cette patience qui n’est pas sans faire penser à celle d’un orpailleur… nous y sommes !! :

C’EST UN COW-BOY !!

Oui, un cow-boy, ou plutôt un chercheur d’or…un passionné qui opiniâtrement filtre chaque filet du Fleuve à la recherche de la moindre paillette, du plus petit carat qui sait ? Bien sûr, nous y sommes et cela se confirme lorsque, le soir, bien après que le soleil se soit couché, on le voit laisser à sa bécane le soin de passer au tamis fin chaque échantillon chaque prélèvement recueilli au long de la journée, alors que lui, calé sur sa selle, les yeux clos, les jambes tendues sur une table où il croise une vieille paire de bottes poussiéreuses au cuir fané, lui, il opine doucement du chef..

Il écoute assidûment, reconnaissant au bruit où se cache la meilleure suite, le bon filon, celui-là même qui parviendra à se faufiler entre les improbables volutes d’un Brissago à bille et l’impossible fumet d’un café refroidi depuis longtemps, tout en laissant sa monture accomplire les tâches laborieuses, afin qu’il puisse mieux se concentrer sur le groove.

Car lui, il s’occupe du grain,..de la balle ! et son cheval du son………

Note personnelle : à retenir, (Studio des Forces Motrices, Place des Volontaires 4, 1204 Genève)

Docteur William Walter Wilson, ethnologue

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